Le tournage en Irlande — Une décision de production majeure
Page revue le 27 avril 2026.
Entre la première et la deuxième saison de Mercredi, l'un des changements de production les plus structurants n'est pas visible à l'écran au premier abord : le tournage a été déplacé de Roumanie vers l'Irlande. Cette décision concerne autant la direction artistique que l'économie de la production, et elle a des conséquences durables sur la grammaire visuelle de la série.
Pourquoi avoir tourné en Roumanie en saison 1
La saison 1 a été tournée principalement à Bucarest et dans plusieurs studios et extérieurs roumains. Ce choix initial reposait sur plusieurs facteurs habituels dans les productions internationales :
- Des coûts de tournage compétitifs, en particulier sur la main-d'œuvre technique et la construction de décors.
- Une infrastructure de studios déjà rodée par d'autres productions américaines et européennes.
- Des paysages d'Europe centrale compatibles avec l'esthétique gothique recherchée par Tim Burton.
- Une logistique adaptée à un tournage long et concentré.
Le résultat à l'écran a été convaincant : Nevermore Academy et la ville de Jericho se sont imposées comme des décors crédibles, sans trahir leur ancrage fictionnel en Nouvelle-Angleterre.
Pourquoi le passage à l'Irlande
Plusieurs raisons, recoupées par la communication officielle de la production et par la couverture spécialisée, ont conduit à la relocalisation :
- Le régime irlandais d'incitations fiscales à l'audiovisuel (le crédit "Section 481") est l'un des plus actifs en Europe et permet de réduire les coûts de production de manière significative pour les œuvres tournées sur place.
- Une infrastructure de studios consolidée, en particulier autour des Ardmore Studios dans le comté de Wicklow, mais aussi à Dublin et dans l'ensemble du pays.
- Un parc de décors naturels particulièrement riche en architecture gothique : châteaux médiévaux, abbayes, manoirs victoriens, falaises et forêts qui correspondent à la palette recherchée pour la série.
- Un climat compatible avec l'identité visuelle : ciels couverts, lumière douce, brumes côtières — des éléments précieux dans une série qui repose sur les ambiances grises et bleutées.
- Une concentration géographique qui permet, sur quelques heures de route, de passer d'un décor de pensionnat à un décor de forêt ou de littoral.
Le déménagement n'est donc pas un caprice : c'est une combinaison de logique économique, de logique technique et de logique esthétique.
Un parc de lieux particulièrement adapté
Sans détailler chaque adresse — les productions Netflix communiquent rarement des listes exhaustives de lieux pour des raisons de sécurité et d'accessibilité du public — on peut identifier plusieurs catégories de décors traditionnellement mobilisés en Irlande pour ce type de production :
- Les châteaux et grandes demeures de la côte est et du centre du pays, souvent louables pour des tournages de longue durée.
- Les studios Ardmore, qui accueillent depuis des décennies des productions internationales et disposent de plateaux de grande taille.
- Les forêts protégées du Wicklow, à proximité immédiate des studios.
- Les côtes accidentées de l'ouest et du sud, qui fournissent des extérieurs spectaculaires.
- Les villes anciennes aux centres bien préservés, qui permettent de reconstituer une bourgade fictive de Nouvelle-Angleterre.
Ce maillage est l'une des raisons pour lesquelles plusieurs grandes séries internationales — depuis Game of Thrones en Irlande du Nord jusqu'à Vikings et Penny Dreadful — ont elles aussi fait le choix d'une partie ou de la totalité de leur production sur l'île.
Conséquences visuelles attendues
Le déplacement n'est pas neutre pour le rendu à l'écran. Plusieurs évolutions sont prévisibles, sans qu'on puisse en quantifier l'ampleur avant visionnage :
- Un Nevermore légèrement reconfiguré. Le pensionnat tel qu'il apparaissait en saison 1 ne pouvait pas être reconstruit à l'identique. La production doit composer avec un nouveau décor principal, ce qui peut se traduire par des ajustements d'architecture et de couloirs.
- Une nouvelle palette extérieure. Les paysages irlandais ont une densité de vert, une qualité de lumière et une texture rocheuse différentes de celles de la Roumanie. Cela influe sur la photographie.
- Une cohérence avec la grammaire installée. L'identité visuelle de la série, héritée de l'esthétique Burton, devrait néanmoins rester reconnaissable : palette restreinte, dominantes froides, architecture exagérée. Les outils changent, le langage est préservé.
- Une intégration possible de décors uniques, comme les falaises ou les ruines anciennes que la Roumanie ne pouvait pas offrir au même endroit.
Effets sur la production locale
Au-delà de la série, l'arrivée d'une production de cette envergure produit des effets sur l'écosystème audiovisuel irlandais :
- Une activation des prestataires techniques locaux (chefs opérateurs, machinistes, costumiers, équipes décors).
- Une montée en compétences sur les productions à fort budget pour des équipes qui avaient déjà servi d'autres séries internationales.
- Une visibilité accrue de l'Irlande comme destination de tournage, qui peut ensuite attirer d'autres productions.
- Un effet économique local mesuré sur les zones où le tournage prend place, notamment via l'hébergement et la restauration des équipes pendant plusieurs mois.
Ces effets ne sont pas spécifiques à Mercredi — ils sont propres à toutes les productions internationales installées sur le territoire — mais l'ampleur du projet en fait un cas particulièrement visible.