Morticia Addams — Profil et rôle dans Mercredi
Page revue le 27 avril 2026.
Sans Morticia Addams, la Famille Addams n'aurait jamais eu son centre de gravité. Mère de Wednesday et de Pugsley, épouse passionnée de Gomez, ancienne élève de Nevermore Academy : elle est l'une des très rares figures de la franchise dont on retrouve la silhouette, presque inchangée, sur près de quatre-vingts ans d'adaptations. Cette page revient sur ce que représente le personnage, sur ce que la série Netflix en a fait, et sur la manière dont l'interprétation de Catherine Zeta-Jones s'inscrit dans cette longue histoire.
Une figure visuelle immédiatement reconnaissable
Morticia est, avant toute chose, une silhouette. Robe noire moulante, cheveux longs et lisses, port hiératique, gestes lents et précis : son apparence a été codée dès les dessins de Charles Addams au New Yorker, puis fixée par Carolyn Jones dans la sitcom de 1964, et confirmée par Anjelica Huston dans les longs métrages de Barry Sonnenfeld au début des années 1990. Quand la série Netflix arrive, elle hérite d'un personnage qu'il n'est plus nécessaire de présenter visuellement.
Cette continuité graphique est précieuse : elle permet à la série de gagner du temps. Morticia n'a pas besoin d'une scène d'introduction. Le simple fait de la cadrer dans l'image suffit à convoquer toute la mémoire culturelle accumulée par les versions précédentes.
Mère de Wednesday — une relation centrale
Dans la première saison, le rapport entre Morticia et Wednesday occupe une place plus importante qu'il n'y paraît. Le récit ne traite pas Morticia comme un personnage secondaire qui apparaît "quand la famille rend visite à l'école" : elle est au cœur de plusieurs nœuds dramatiques.
- L'inscription à Nevermore est, en soi, un acte chargé : Wednesday rejoint l'école où sa mère a étudié, ce qui crée une comparaison permanente que Wednesday refuse de subir.
- Les visions psychiques de Wednesday plongent à plusieurs reprises dans le passé de Morticia, ce qui rend la mère présente même dans les épisodes où elle est physiquement absente.
- La vieille affaire Garrett Gates implique directement Gomez et indirectement Morticia, ce qui rappelle que la famille a une histoire à Nevermore — et que cette histoire n'est pas terminée.
La série utilise ainsi Morticia comme un point de comparaison constant : ce que Wednesday accepte, ce qu'elle refuse, ce qu'elle craint de devenir.
Une reine de Nevermore d'une autre époque
La série s'autorise un parti pris fort : présenter Morticia comme une ancienne figure dominante de Nevermore, pas comme une élève discrète. Reine du bal Rave'N en son temps, étoile de l'académie, son passage à l'école est une référence silencieuse pour beaucoup d'élèves et même d'adultes. Cette dimension est nouvelle par rapport aux versions précédentes de la franchise, où Morticia était surtout définie par sa vie d'épouse et de mère.
Ce choix narratif modifie la lecture du personnage : Morticia n'est plus seulement la matriarche d'un manoir gothique, c'est une femme qui a une trajectoire propre, des amitiés, des rivalités, un passé pas entièrement résolu. C'est par ce passé que la série fait revivre Larissa Weems, l'ancienne camarade devenue directrice.
Le couple avec Gomez — un contrepoint joyeux
Une particularité que toutes les adaptations sérieuses respectent : Morticia et Gomez forment l'un des couples les plus heureux et les plus durables de la pop culture. Leur amour ostentatoire, jamais ironique, est même l'un des piliers comiques de la franchise. Dans la série Netflix, ce couple offre un contrepoint important à la noirceur du récit principal : à chaque fois qu'ils apparaissent, ils ramènent une chaleur que Wednesday tient à distance.
Cette tonalité est cruciale. Sans elle, l'univers gothique de la série basculerait vers la mélancolie pure. Le bonheur évident des parents Addams empêche le récit d'être uniquement sombre — et donne du relief à la solitude assumée de leur fille.
Catherine Zeta-Jones — son apport
L'actrice galloise apporte au personnage plusieurs choses :
- Une présence physique immédiate, qui suffit à faire exister Morticia dans des scènes courtes.
- Une gravité qui contraste avec l'humour explicite de Gomez (Luis Guzmán) et donne au couple un équilibre inattendu.
- Un jeu lent, presque suspendu, qui évite l'écueil du clin d'œil permanent à la version Anjelica Huston.
- Une lecture matriarcale du personnage : Morticia n'est pas l'épouse romantique uniquement, c'est aussi la gardienne d'une lignée et d'une histoire.
Ce dernier point explique pourquoi Morticia compte autant dans la grammaire de la série. Elle incarne la mémoire familiale — et c'est cette mémoire que Wednesday doit affronter, intégrer ou repousser.
Différences avec les versions précédentes
Quelques ajustements méritent d'être notés :
- Dans la sitcom de 1964 (Carolyn Jones) et les films de 1991-1993 (Anjelica Huston), Morticia est presque exclusivement définie par son foyer. La série Netflix lui ajoute un ancrage extérieur : son école, ses amitiés passées, ses rivalités.
- Elle est plus impliquée dans le récit policier : ses anciens choix ont des conséquences directes sur ce que Wednesday découvre.
- Sa relation à Wednesday est plus explicitement conflictuelle, alors que les versions précédentes la traitaient sur un mode strictement comique.
Ces déplacements n'altèrent pas la silhouette du personnage : ils l'épaississent. C'est l'un des choix d'écriture les plus solides de la première saison.
Pour la suite de la série
La présence de Morticia dans la saison 2 est attendue. Plusieurs pistes sont ouvertes : la relation avec Wednesday après ce qu'elles ont traversé, le rôle joué par la famille Addams dans l'histoire de Nevermore, et l'éventuel retour sur des éléments laissés en suspens à propos de son passé d'élève. La série a installé suffisamment de matériau pour qu'elle reste un personnage actif, et pas seulement un visage hérité de la franchise.